À l’orée du bois de Charenton, le Petit chaperon rouge a attendu le loup, plus que de raison.
Ce dernier ne trouvant pas à son goût cette mignonette qui, sans cesse, lui reprochait d’avoir de si grandes dents, lui posa un lapin … de Garenne ; ce qui inonda le coeur de la petite écervelée de colère et haine.
Vexé et dépité de ne pas avoir été savouré par le carnassier, le Petit chaperon rouge s’en alla rejoindre dans la forêt son ami le Petit Poucet pour l’aider à ramasser des cailloux pour, au dîner, agrémenter la soupe aux choux.
Pendant ce temps, afin de lui expliquer comment cirer le parquet sans savon, le lupus courut saluer Cendrillon. Mais, la boniche avait délaissé la serpillière pour se rendre au palais où un bal était donné par le prince Grillon. En compagnie de quelques souris vertes qui couraient dans l’herbe, le loup attendit son retour dans le jardin.
Quelques secondes après minuit, il entendit un énorme bruit suivi d’un cri. Effaré, il vit Cendrillon déchaussée, la robe et le jupon déchirés, le chignon explosé, gesticuler au milieu d’une géante citrouille éclatée. Gémissante à cause d’une épine plantée dans son pied, elle raconta à celui qu’elle avait éjecté dans un récent passé toute la déception qui blessait son être énamouré.
Son Grillon de prince avait anéanti leur histoire avant les douze coups de minuit. Alors que dans le parc du château elle discutait avec le Chat botté qui matoulait en pensant à Petite sirène, son non-chevalier princier, à moitié débraillé, comptait fleurette derrière une haie à la garce de Perrette. À cette gourgandine, à demi éméchée, qui buvait sous les yeux ébahis de ses veaux, vaches et cochons grassouillets, le lait qu’elle devait vendre le lendemain au marché. Après avoir pris congé de Sans-Grillon, le loup esquissa sur ses babines un large sourire narquois. Puis, il poussa un hurlement radieux à faire trembler tous les astres dans les cieux. Il venait d’être vengé de cette coquette en haillons par ce bellâtre de prince qui ignorait tout de l’amour passion.
L’animal des forêts, malgré son contentement, eut une amère pensée pour la Belle au bois dormant. Elle aussi, à cause de son pelage argenté ou de son âge quelque peu avancé, l’avait évincé.
En filant la quenouille tout en le fixant de ses yeux globuleux de grenouille, combien de fois la Belle lui avait-elle répété que près de lui tout n’était qu’ennui. Que, ne souhaitant pas convoler avec un ersatz d’Eddy Barclay, elle préférait s’endormir comme l’avait prédit sa méchante marraine, la fée. Et, en rêvassant, attendre le baiser brûlant de son futur époux que… d’être baisée par un papé poilu et bedonnant.
« Mais dans quel état sera le diaphane visage de cette sotte de dormeuse, dans 100 ans ? Certainement pas très frais après tant de temps passés à roupiller ! Quelle tête fera l’époux tant attendu en penchant ses lèvres charnues sur celles d’une momie desséchée par les ans ? » pensa le loup cavaleur.
Se figurant le tableau, le loup à l’imagination fertile se mit à ricaner. Puis il reprit la route en chantant : « Rira bien, qui rira le dernier ! »
Sur le sentier qui le conduisait vers celle qu’il aimait en silence, le cœur du loup palpitait d’amour et d’espérance.
Il avait décidé de dévoiler la flamme qui le consumait à la demoiselle objet de ses pensées. À Banche-Neige ; celle qui n’avait jamais le teint rosé. C’est l’esprit bouillonnant de jolis fantasmes et faisant fie de son asthme qu’il galopa à en perdre haleine vers sa chaumière,
Et là ?
Oh, tonnerre de loup !
Oh, désespoir à faire se suicider de chagrin une meute de loups !
Devant la porte de sa pâle dulcinée, en file indienne, toute une nichée de nains guillerets, ticket à la main comme à la Sécurité Sociale, attendait leur tour pour, de la blanche oie, croquer la pomme d’amour.
Le cœur de nouveau tuméfié par cette autre désillusion, c’est la queue basse que le loup fit demi-tour pour regagner son repaire.
À la croisée d’un chemin, il rencontra Peau d’âne. Assise contre le tronc d’un peuplier, elle tricotait en baillant aux corneilles à s’en décrocher les oreilles.
Il la salua en grognant. Elle lui serra la patte, amicalement. Puis, pour consoler son ami malheureux, elle lui murmura en lui caressant le museau d’un sabot affectueux :
― Mon cher loup, il faut rester avec les véritables animaux parce que « L’homme est le seul détestable animal qui rougit ; c’est d’ailleurs le seul être à rougir de quelque chose ! »
Désappointé par ses successives mésaventures amoureuses, le loup regagna son logis en priant le Dieu des loups pour qu’il mette sur le sentier de sa vie une magnifique femelle de son ethnie qui, elle, saura l’aimer.
La morale de cette histoire là ?
Il n’y en a pas !
Plaise au ciel que Grimm, Perrault et Andersen ne prennent nul ombrage en lisant cette parodie de leurs charmants contes. Qu’ils veuillent bien pardonner cette Ombrelle-marine qui, d’une plume taquine, s’est bien amusée à écrire ce conte fantastique complètement débile et… qui à rien ne rime.
© M. de Rodrigue
Alias: Ombrelle-marine